• Pas d'eau

     

    Vous savez que je vis à la montagne, dans un village des Hautes-Pyrénées où l'eau ruisselle sans cesse de tous côtés. J'aime voir toutes ces sources et cascades qui nous font un paysage bien vert.

    Eh bien, aussi incroyable que cela puisse paraître, nous nous retrouvons assez régulièrement sans eau au robinet ! Entretien des canalisations sans nous prévenir, accidents, et aussi sabotage (paraît-il, on a du mal à le croire).

    Je vous fais un article trèèèès long, mais imaginez que plusieurs jours sans eau, c'est trèèèès long aussi.

    La première fois, nous travaillions et habitions encore à la ville. Nous avions prêté la maison à IsaMiaou et sa famille pour qu'ils vivent un peu l'exotisme d'un Noël à la montagne.

    Ils s'en souviendront !!!!  Arrivés deux jours avant le réveillon, -4° dans la maison, glace dans la cuvette des toilettes, pas d'eau au robinet. Tous les tuyaux gelés dans le jardin. Ils ont découvert que l'eau obtenue en faisant fondre la neige était :

    - un travail de patience

    - très peu abondante par rapport au volume d'origine

    - pleine de saletés et fort peu engageante.

    Les voisins leur fournissaient l'eau pour la boisson. Je ne vous raconte pas la toilette de chat et la vie quotidienne assez peu agréable dans une maison glaciale :  3 poêles à mazout et une antique cuisinière à charbon à gérer. Plus des bouillottes.

    Nous sommes arrivés quelques jours après (nous avions fait Noël au chaud à la Ville) dans une maison enfin réchauffée. Avons acheté un grand tuyau d'arrosage, et l'Ours aidé de Zhom d'Isa ont fait un branchement parallèle, en surface du jardin, (de l'arrivée d'eau jusqu'à la maison) protégé par des pelletées de neige.

     

    Une autre année, c'est au moins la moitié du village qui avait gelé, ainsi que d'autres villages avoisinants. En pleines vacances scolaires ! Et une avalanche avait coupé la route pour la station de ski. Vacanciers bloqués au village ! Ça laissait du temps pour aller chercher nos rations d'eau en bouteilles, offertes par la Mairie. Je revois encore toutes ces luges devenues traîneaux utilitaires, dans la rue principale, tirées par des gens revenant du point de distribution !

     

    Les années ont passé, on se croyait à l'abri de ce genre de soucis. MAIS, on nous a installé des compteurs d'eau (avant, ont payait juste un forfait pour l'entretien des canalisations et l'assainissement). Premier hiver sans problèmes. Deuxième hiver, une après-midi où nous étions chez nous, plus d'eau. Le compteur était gelé ! L'Ours a réussi  à le réchauffer, mais, pendant ce temps, ça avait gelé dans le jardin, sous terre. À ce moment-là, fait rare, il faisait très très froid et il neigeait. Normalement il ne fait pas froid quand il neige, et quand il fait froid, il ne neige pas. Nous n'avions qu'une solution : aller chercher l'eau directement au compteur. Le temps que nous remplissions 4 ou 5 seaux, le premier commençait à geler.

     

    Pas d'eau

    Il fallait aller derrière l'énorme noisetier derrière la pile de bois.

    J'avais tellement froid (et l'Ours aussi) que je n'ai pas une seconde pensé à faire des photos).

    Neuf jours durant, nous avons fait ainsi. A deux dans la maison, c'était gérable. mais les vacances arrivaient, et avec elles une famille d'amis : les parents, leurs 3 enfants, gendre et belle-fille, et 4 petits-enfants. "Peur de rien" ont-ils dit, on vient quand même.

    Nous avons acheté un nouveau tuyau d'arrosage, et refait l'installation au jardin, soigneusement recouverte de neige protectrice. Juste à temps pour que la maison soit alimentée normalement 1/4 d'heure avant l'arrivée de nos amis.

     

    En juin 2013, lors de la fameuse crue, nous nous sommes retrouvés à 10 à la maison (dont 8 personnes "recueillies", car évacuées de leurs immeubles). Sans eau bien sûr, le torrent en furie ayant tout emporté. MAIS ce petit tuyau coulait à flots :

     

    Pas d'eau

    L'arrosoir cache le tuyau. Aux beaux jours, je l'utilise pour arroser mes plantes en pots.

    Cette eau qui vient de la montagne est canalisée sous la maison, coule abondamment au printemps et se tarit en été. À ce moment-là, à cause d'un printemps plus qu'humide, l'approvisionnement était assuré pour les toilettes. C'est dans des moments comme ça qu'on comprend ce phénoménal gaspillage : toute cette eau potable jetée....Chacun allait chercher son seau d'eau, comme dans l'ancien temps.

    Nous avons failli utiliser la couade. Je l'avais achetée en souvenir de ce que je voyais en Limousin quand j'étais petite, et nous trouvons encore que c'est une invention fort pratique :

    Pas d'eau

    Dans l'urgence, l'Ours prête ses seaux de bricolage (pas très nets, mais bonne contenance pour "tirer la chasse")

     

    Par là aussi de l'eau arrive de la montagne :

    Pas d'eau

     Cette eau s'infiltrait, alors l'Ours l'a canalisée, et c'est juste devant la cuisine.

     

    Encore un souci quand notre antique cumulus a rendu l'âme. Plus d'eau chaude dans la cuisine, ni dans notre salle de bains. Mais, les chambres du haut ayant un autre cumulus, nous étions un peu comme en camping, obligés de monter brosses à dents (si vous saviez comme l'eau est froide au robinet.... brrrrr....), gel douche, shampooing et serviettes. Plus compliqué pour la vaisselle. Le lave-vaisselle a fait très bien son boulot, et pour ce qui est des cocottes, et poêles, j'ai empilé !

    J'aimerais être plus calée en informatique. je vous aurais mis en fond sonore :

     

    Mon Dieu, quel bonheur!
    Mon Dieu, quel bonheur
    D´avoir un mari qui bricole
    Mon Dieu, quel bonheur!
    Mon Dieu, quel bonheur
    D´avoir un mari bricoleur
    {Boîte à outils} {2x}

    Tomber en panne, c'est pas drôle. mais avoir le réparateur maison n'a pas que des avantages. C'est économique, certes, mais ça prend du temps. Il voit que le mur est très moche (les derniers travaux datent des années 50) et l'arrange un peu, il est seul face à la tâche (la fourmi n'ayant aucune force et ne comprenant rien de rien aux travaux du bâtiment). Ça n'a l'air de rien, mais un cumulus ça se fixe au mur, il y a des branchements d'eau et d'électricité. Quel boulot ! L'Ours me prévient quand il coupe l'eau, mais pas quand il la remet, tandis que j'attends patiemment le signal .... Je ne me plains pas, car dans le temps il ne prévenait pas avant de couper, il m'a fait le coup un jour où j'avais le shampooing sur la tête avec des cheveux longs.

     

    J'ai commencé cet article le 29 juillet 2014, et les problèmes d'eau étaient toujours d'actualité. Un matin, un filet au rez de chaussée, presque rien en haut, et rien du tout à l'appartement qui était occupé par des amis (ça vaut mieux que des vrais locataires).

    L'Ours venait juste de faire des fouilles au jardin : il se doutait que quelque chose allait mal, car le sol était souvent détrempé devant la cuisine.

    À l'heure où j'écrivais, l'eau était revenue : ça avait duré moins de 36 heures.

     

    Lors de chaque panne d'eau, je me chante " Pas d'eau-au, pas d'eau-au, pas d'eau-au", chant célèbre chez les imprimeurs. Chaque fois que l'Ours, qui était typographe, se retrouve avec ses copains, ils chantent ce "À la"  et je trouve ce moment poignant. Je ne le ressens pas comme un chant de poivrots, mais comme un hymne à l'amitié, une façon d'être soudés. Nous n'avons jamais enregistré les copains, alors j'ai trouvé cette version sur le Net :

    Je me souviens comme j'ai été émue quand tous les collègues de l'Ours l'ont chanté dans l'atelier pour son pot de départ à la retraite.

    A la santé du confrère...

    Hymne typographique qui s'entonne le verre à la main

     

    Refrain :

    A la !... A la !... A la !... (haut)

    A la !... A la !... A la !...(grave)

     

    A la santé du confrère,

    qui nous régal' aujourd'hui.

    Ce n'est pas de l'eau de rivière

    Encor' moins de celle du puits.

    A la !... A la !... A la !...

    A la santé du confrère.

    qui nous régale aujourd'hui.

    Pas d'eau !... Pas d'eau !... Pas d'eau !... (haut)

    Pas d'eau !... Pas d'eau !... Pas d'eau !... (grave)

     

     

    Il semblerait que notre "A la" remonte au Second Empire. En effet, une loi de Napoléon III durcit l'application de la loi Le Chapelier interdisant toute coalition ouvrière.

    Exclues des ateliers, les assemblées typographiques se déroulèrent alors au domicile des confrères. A leur tour de rôle chacun recevait ses camarades d'atelier autour d'un verre.

    Lors de ces réunions on portait une santé au confrère amphitryon. Cela ne dura que fort peu car les typos retrouvèrent bien vite le chemin du marbre.

    Les paroles et la musique de cet hymne typographique sont de Adda-Dorgel et Paddy. Quant aux versions allemandes et anglaises, ce sont des adaptations libres.

     

    Pourquoi vous parle-je de ces tracas aujourd'hui ? Parce que, "pas d'eau" encore une fois. Les mêmes amis que l'an dernier sont à l'appartement. Ils connaissent le chemin de la source, et cette fois-ci l'Ours a prévu la réserve :

    Pas d'eau

    Il est plus rapide de plonger un seau dans un grand récipient que d'attendre devant un filet d'eau.

     

    Et s'il le faut, ou peut aussi remplir la "Baignoire de Marat" :

     

    Pas d'eau

     

    Nous avons eu l'explication du problème d'aujourd'hui. Je n'ai pas tout bien compris car je n'ai pas été voir sur place. Notre eau descend de la montagne, et est stockée dans divers bassins. Or, hier il y a eu hier un incendie qui a détruit une maison un peu plus haut que chez nous. Les pompiers ont fermé une vanne et par un phénomène que je ne saisis pas bien une poche d'air a fait que le bassin qui nous alimente ne pouvait plus se remplir.

    Ce soir, le problème est presque réglé.

    Dans ma campagne médocaine, on connaissait les coupures de courant, à la Ville c'était les embarras de la circulation, ici c'est l'eau qui pose problème. Et pourtant, il y en a partout. Pas besoin d'arroser le jardin : tout est bien vert.

     

     

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  • Commentaires

    11
    Lundi 24 Août 2015 à 05:15

    J'ai connu ces mésaventures quand nous habitions en Haute-Savoie et ce n'est pas vieux ,vers 2000.La canalisation traversait la route et gelait l'hiver.

    ici ,ds le Finistère ,je ne te dis pas le nombre de fois ou nous sommes sans électricité ,des jours durant.On est en 2015!

    Bisous

    10
    Jeudi 20 Août 2015 à 14:47

    Je connais les coupures edf mais pas d'eau.

    9
    Jeudi 20 Août 2015 à 10:33

    Quelle aventure ...un récit relaté avec humour !

    En ville une simple coupure d'eau  ferait presque flipper .

    Bizz vers toi 

    8
    Macha
    Lundi 17 Août 2015 à 21:05

    Oups... Pas complètement prête à ce que la beauté des lieux fasse oublier ces inconvénients ! ! !

     

    7
    Lundi 17 Août 2015 à 16:27

    Un article rempli d'humour et de fraîcheur.

    Je pense que la beauté des lieux fait oublier ces inconvénients.

    6
    Lundi 17 Août 2015 à 15:11

    Bonjour,

    Je ne sais que dire car nous sommes en France et que ce problème d'eau m'étonne énormément !

    Je ne doute pas de ta parole loin de là ..... Mais comment est-ce possible dans un pays comme le nôtre.

    Nous avons vécu 20 ans au canada et nous avons donc connu des hivers très rigoureux. Des températures très basses sur plusieurs semaines et de la neige présente durant 5 mois. Jamis une seule fois, nous avons connu un problème d'eau, de chauffage ou autre.

    J'admire votre endurance ! Vous êtes des braves !!!

    Bon début de semaine. Bises à la Fourmi et à l'Ours

    5
    Lundi 17 Août 2015 à 10:01

    excellent

    4
    Lundi 17 Août 2015 à 09:48

    Quel billet! Passionnant et instructif à souhait! Bravo Jolie Fourmi!!! cool Comme je comprends toute cette épreuve de l'eau! Car les coupures chez nous aussi éprouvent mes nerfs, l'histoire du cumulus, je connais... et toujours ces ennuis surviennent quand on rentre de vacances! Ou alors, il n'y a plus de fioul dans la cuve... C'est la vie! Je t'embrasse ! Bel fin d'été avec tous les tiens et tes amis! glasses

    3
    claire
    Lundi 17 Août 2015 à 09:23

    Joli prose, agréable à lire ... Chacun ses problèmes. Mon mari bricoleur fait tout et ... j'ai donc eu pendant 4 mois une cuisine "explosée" en quatre endroits : pergola, jardin véranda ... que de km parcourus à la recherche de quelque chose !!! Mais le pire : faire la vaisselle dans un évier de salle de bain !!! Vos déboires sonnent justes chez moi et nous ici on n'a pas les problèmes de climat ! Bon courage !

    2
    Lundi 17 Août 2015 à 09:17

    Courage !!

    1
    Lundi 17 Août 2015 à 09:00

    J'admire ton stoïcisme et ton esprit d'adaptation... personnellement, rien que l'idée de ne pas avoir d'eau courante me fait flipper grave, comme dirait mon fiston... j'aurais du mal, beaucoup, beaucoup de mal... chapeau bas...

    Bises, belle journée.

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