• Les Rieux

     

    Je ressors un texte commencé bien avant mon voyage en Limousin, au moment où j'ai commencé mon travail de généalogie.

    Quand j'étais petite, nous allions toujours voir de lointains cousins, qui vivaient dans une maison isolée, en pleine campagne. Je ne comprenais pas bien si on allait « aux Rieux » ou « chez les Rieux ».

    Ils étaient très gentils, je les aimais bien, mais pour la citadine que j'étais, élevée en fillette proprette dans un appartement coquet, bien que sans confort, je trouvais leur demeure un peu trop rustique.

    On passait par un joli bois en lisière de prairie, on garait la voiture avant le clédou (sorte de portail en bois très rustique), et mon épreuve commençait : il fallait traverser le terrain, légèrement en pente, où s'écoulait ce qui sortait de l'étable. Je m'appliquais à sauter de pierre en pierre sans salir mes chaussures.

    La grande pièce de vie était très propre et j'y voyais des choses curieuses : la marmite pendue à la crémaillère dans la cheminée, la couade sur son seau, lui-même posé sur l'évier en pierre qui s'écoulait directement vers l'extérieur par un trou dans le mur, la planche suspendue au dessus de la table, où le pain était rangé. Au fond de la pièce une porte qui donnait directement chez les cochons. Une fois, j'ai pu voir toute une portée de porcelets nés du matin.

    Il y avait une source que j'adorais. L'eau sortait d'un tuyau et tombait dans un bassin. J'adorais cette eau vive, mais pour y accéder il fallait re-traverser le ruisseau marronnasse et puant venant de l'étable...

    Ces cousins s'appelaient Ritou et Léonétou. Je viens de tomber, tout à fait par hasard, en cherchant un de mes ancêtres dans les archives départementales, sur leur acte de mariage, et j'ai enfin découvert qu'ils s'appelaient Anne-Marguerite et Léonard.

     

     

    -_-_-_-_-

     

     

    Depuis trois jours, j'ai "attaqué" un gros carton de photos de mes parents, et j'y trouve des trésors, voilà pourquoi je vous parle de ça aujourd'hui :

     

     

    Les Rieux

     

    Dédé, le garçonnet qui est devant Ritou, sa maman, a maintenant 87 ans. Ma mère, la jolie jeune femme à gauche en aurait 106. Ritou et Léonétou ont quitté ce monde depuis longtemps. J'envoie cette photo à mon cousin, en espérant qu'il me dira qui sont les deux personnes les plus âgées.

    Quelques jours plus tard, j'ai eu Dédé au téléphone : les personnes les plus âgées sont François et Marie, les parents de sa mère (donc de ma famille).

    Je passe maintenant aux explications sur les maisons d'autrefois.

    Sur le mur, juste sous l'angle du volet de la maison des cousins, près de l'escalier, on devine une traînée noire : c'est l'écoulement de l'évier. On voit encore, assez souvent, cette pierre avec une petite rigole, à l'extérieur des vieilles maisons en granit. Je n'en ai photographié que deux, au hasard de mon voyage :

     

     

    Les Rieux

     

     

    Les Rieux

     

    Voilà un vieil évier conservé dans l'un de nos gîtes, mais il a perdu son usage d'origine, et abrite maintenant une lampe, et le trou du fond a été colmaté :

     

    Les Rieux

     

    C'est là-dessus que l'on posait le seau et la couade. Je vous avais déjà montré la mienne en août 2015, un jour où je vous racontais mes coupures d'eau :

     

     

    Les Rieux

     

    Elle est neuve, et son seau est très moche, mais dans l'urgence d'une coupure d'eau, on n'avait pas le choix. La couade qui était chez les cousins avait beaucoup vécu. Son seau était en zinc. Mais Dédé m'a dit que, autrefois, son grand-père faisait des seaux en bois.

     

    Dans cette maison, comme dans tout l'habitat rural, on trouvait, au-dessus de la table une sorte d'étagère suspendue. On y rangeait le pain (cuit une fois par semaine), du fromage ou un peu de cochonnaille, et divers objets :

     

     

    Les Rieux

    dans notre premier gîte à Moissannes   

     

    Les Rieux

    aux "fermes du Moyen-âge"  

     

    Ces maisons d'autrefois étaient plutôt inconfortables : une vague tiédeur dans la pièce où il y avait la cheminée, une ambiance glaciale dans la (ou les) chambre(s) à l'étage. On dormait avec la bouillotte et d'énormes édredons, et souvent un bonnet de nuit...

    La toilette sans l'eau chaude au robinet et pas de WC !

    On polluait moins que maintenant, mais je préfère de loin notre confort actuel.

     

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  • Commentaires

    10
    Vendredi 14 Janvier à 23:34

    Quel magnifique récit et des photos impressionnantes ! J'ai connu moi aussi l'inconfort, surtout lorsque nous allions chez les grands parents ou des cousins habitant une ferme... Mes petits enfants ne veulent pas me croire, et une de mes petites filles m'a dit également que j'avais vécu au tps des dinosaures.... C'est incroyable d'être passé de ce tps là à celui dans lequel nous vivons et qui meurt de trop de confort et de luxe inutile.... ça me paraît si loin !!!!! 

    Merci la Fourmi, je me régale à te lire.... J'essaierai de venir plus souvent, si mes jambes me le permettent encore un peu.

    Bisous

    9
    Vendredi 14 Janvier à 09:41

    Un bien joli article, merci !

    8
    Vendredi 14 Janvier à 06:56

    En te lisant, on mesure à quel point nous nous sommes vite habituées au "confort" moderne, que de chemin parcouru...

    Il y a certains progrès dont j'aurais beaucoup de mal à me passer, comme la machine à laver...

    Belle journée, bises

    7
    Jeudi 13 Janvier à 16:26

    J'ai beaucoup aimé te lire et j'espère que tu vas continuer à nous retracer cette vie d'autrefois.
    Merci pour ce partage et tu racontes très bien. Bises Petite Fourmi

    6
    Arlette
    Jeudi 13 Janvier à 07:53

    Bonjour,

    Que de souvenirs d'enfance, les chambres glacées,la cuisinière dans la cuisine, , pas de salle de bains, mais lavage/douche dans le grand baquet en zinc. Chez mon oncle dans le

    village voisin, on descendait la lampe à pétrole au dessus de la table de la pièce à vivre.

    On apprécie vraiment le confort moderne quand on a connu tout cela, que de progrès en peu de temps, quand on raconte aux enfants et petits enfants, on a droit à des yeux et des mines perplexes, ils se demandent si on a encore toute notre tête !

     

     

     

     

     

    5
    Lalibricole
    Jeudi 13 Janvier à 07:30

    Coucou la Fourmi,

    J'aime beaucoup les histoires "d'avant", voir comment les personnes vivaient. Je ne vivais pas dans une ferme étant petite, mais j'ai aussi beaucoup de souvenirs... J'ai connu des choses que mes enfants ne pourraient plus imaginer aujourd'hui. elles penseraient probablement que j'ai vécu au temps des dinosaures !!!

    Merci pour ce retour dans le temps si joliment conté.

    Belle journée

    Bisous

    4
    Mercredi 12 Janvier à 21:32

    J'adore lire ces souvenirs d'un temps passé  même si comme toi  je préfère mon confort d'aujourd'hui. Dans ma petite enfance je vivais dans un appartement de 2 pièces et nous étions 5, pas de chauffage, pas d'eau chaude et des WC sur le palier qui servaient à d'autres locataires. Pourtant nous n'étions pas malheureux.

    3
    Mercredi 12 Janvier à 20:51

    Tu pourrais écrire un livre- mémoire de famille! C'est joliment raconté! Bise du soir! biggrin

    2
    myriam
    Mercredi 12 Janvier à 19:38

    dans mon petit village rural de mon enfance s etait deja moderne ; mais quand nous allions en vacances dans l Ariege ou nous profitions d une petite maison de famille il y avait une petite ferme qui ressemblait bien a ce que tu racontesl etable attenante a la maison et une mamie dont je n ai jamais su son age !!

    bonne soirée 

      • Mercredi 12 Janvier à 19:58

        Eh oui, nos souvenirs de "vieilles"  (on a presque le même âge) laissent les jeunes incrédules. Et pourtant les cousins ont vécu très longtemps ainsi.

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