• Goutelette

     

    Goutelette

     


    Un matin, dans la montagne, une goutte de rosée s’éveille au bord d’une feuille de rhododendron. Elle trouve que cet endroit est bien joli : de la jolie herbe et plein de fleurettes. Du populage et des gaillets jaune, des cardamines et des œillets rose, des tapis de serpolet, de la réglisse sauvage, des gentianes d’un bleu extraordinaire, des soldanelles tout ébouriffées, et d’autres encore et encore d’autres.


    Puis elle entend un petit bruit juste en dessous. Un coup d’œil lui permet de voir un tout petit filet d’eau qui ruisselle à travers le pâturage. Notre Goutelette est toute jeune, et, comme tous les enfants du monde, elle est curieuse. Elle a envie d’aller dans cette eau qui est si attirante. Elle attend un petit coup de vent, la feuille se balance, et hop ! Elle profite de cet élan pour sauter à l’eau.


    Hou là là ! Ça fait mal ! Et ça bouge très fort, et ça part loooiiiinn !!!
    Goutelette est secouée, malmenée, mais elle n’a pas le choix. Impossible de remonter à son point de départ. Elle ne sait pas ce qui l’attend. Son tout petit filet d’eau descend, descend, et tout à coup, un grand fracas : il vient de rencontrer un autre tout petit filet d’eau. Ils forment maintenant un vrai ruisseau.


    Mais ça continue à bouger et à faire sauter Goutelette dans tous les sens. Comme c’est épuisant !
    Encore un grand fracas : le ruisseau a rencontré un autre ruisseau. Voilà maintenant Goutelette dans un torrent. Un torrent qui cascade à travers les rochers, et qui va vite, bien trop vite. Et ça cogne de plus en plus violemment, pendant longtemps, longtemps !


    Enfin, au bout d’une éternité, ça se calme un peu. C’est que le torrent, après avoir rencontré d’autres torrents, est devenu une rivière, et les rivières coulent assez calmement dans les plaines. Elles descendent doucement. Parfois Goutelette aperçoit des gens, des routes, des villes.

     
    Et les rivières rencontrent d’autres rivières et forment des fleuves. Le fleuve de Goutelette ne lui plaît pas du tout. Elle le trouve sale. Il paraît que ce n’est pas de la saleté mais du limon. En tous cas, Goutelette n’y voit rien. Elle préférait l’eau pure de la montagnes.


    Le voyage continue, Goutelette n‘en peut plus. Puis un jour, pouark ! Quelle horrible sensation. L’eau a un goût impossible. Ses voisines savent, elles ont déjà fait le voyage : c’est du sel. Du sel ? Eh oui, on arrive à la mer.


    Goutelette sent qu’elle se trouve mal : on ne voit plus rien, que des gouttes partout, mélangées à cette eau qui a ce drôle de goût, et il y a d’énormes vagues qui se cassent dans un fracas épouvantable, pire que le bruit des torrents de montagne. Quel monde !

     
    Un jour, Goutelette se trouvait à la surface, sur une eau enfin tranquille, et le soleil l’a appelée. Elle est montée, évaporée, disparue. Elle n’était plus de l’eau. Là-haut, dans le ciel, avec d’autres gouttes évaporées, elle est devenue un minuscule brin de nuage. Une nouvelle aventure commençait.


    Au gré du vent, le nuage a fait, lui aussi un grand voyage, jusqu’au jour où …. Il a plu sur la montagne aux rhododendrons.


    Et là, croyez-moi, Goutelette a fait bien attention à ne pas se jeter à l’eau. Elle a choisi de rester sur place. Arroser les plantes, c’est bien aussi, non ?

     

     

    Goutelette

     

    Illustrations ou pas ?

    Si oui, photos ou aquarelles ?

    Si aquarelles, je les vois dans ma tête, mais il n'y a rien de plus difficile que l'eau.

     

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  • Commentaires

    8
    Dimanche 6 Avril 2014 à 18:36

    Merci à toutes. Je vous prépare une petite histoire d'autre chose.

    @ la châtaigne : tu me rappelles goutte, goutte-lette de pluie

    @ Emmanuelise : je ne connais pas du tout le texte dont tu parles. Moi qui croyais avoir inventé l'histoire du siècle !!!

    Vos gentils commentaires et le superbe temps d'aujourd'hui, la vie est belle.

    7
    Macha 3
    Dimanche 6 Avril 2014 à 15:56

    Une bien jolie façon de raconter le cycle de l'eau. Bravo à la "Jardinière poétesse".

    6
    Samedi 5 Avril 2014 à 15:04

    Bonjour, Comme tout cela est joli et bien écrit. Un régal ...Grand Merci à toi pour ce moment de douceur et de délicatesse.

    5
    Vendredi 4 Avril 2014 à 19:23

    Quelle est Belle cette Goutelette ! et quelle vie ! Mais son histoire se termine bien et je les aime tellement ces nuages " ces merveilleux nuages " ...

    Merci pour ce joli moment de lecture, de poésie et de rêverie.

     

    4
    Vendredi 4 Avril 2014 à 15:28

    Quand j'étais petite, j'adorais un album de  père Castor intitulé "Perlette, goutte d'eau"... l'histoire d'une petite goutte d'eau qui voyage jusqu'à l'océan. Ton joli texte me l'a rappelé ! 

    3
    Vendredi 4 Avril 2014 à 12:28

    je me souviens d'une chanson ! goutelette! goutelette de pluie, mon chapeau se mouille!

    goutelette de pluie mes souliers aussi! lol! bises

    2
    la pyrénéenne
    Jeudi 3 Avril 2014 à 23:05

    Un grand merci chère Fourmi pour cette très, très jolie histoire. C'est un texte plein

    de douceur, dans ce monde trop brutal quelquefois...même souvent on peut le dire.!!!

    Toutefois le périple de cette petite goutte d de rosée est bien tumultueux, et inquiétant pour elle.

    Tout finit bien et la boucle est bouclée, la voici devenue nuage vaporeux.

    Je te souhaite une belle fin de journée.

    Bisous. Andrée.

     

    1
    Jeudi 3 Avril 2014 à 19:21

    Splendide et d'une poésie folle, j'adore, j'adore, j'adore! Voilà le plus beau conte de la Gouttelette (qui, à un moment, n'y voyait goutte) qu'il m'ait été donné de lire.

    Un texte précieux, et je suis sérieuse.

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